Mâchoire douloureuse, craquements et blocages, pourquoi et quand consulter ?
Rédigé par Joya Glise, ostéopathe à Grasse
Publié le 15 août 2026

Une douleur devant l’oreille lorsque vous mastiquez, une mâchoire qui craque à chaque ouverture, une difficulté à bâiller complètement ou la sensation que votre bouche reste parfois bloquée : ces symptômes sont fréquents. Pourtant, ils ne correspondent pas tous au même problème.
Un craquement isolé et indolore est généralement sans gravité. En revanche, une douleur persistante, une diminution de l’ouverture ou des blocages répétés justifient un bilan. Une mâchoire bloquée ouverte, un traumatisme ou un gonflement accompagné de fièvre nécessitent une consultation rapide.
Chez certaines personnes, la douleur provient principalement des muscles qui permettent de serrer les dents et de mâcher. Chez d’autres, elle concerne davantage l’articulation, le disque qui accompagne ses mouvements ou les tissus qui l’entourent. Plusieurs mécanismes peuvent également être présents simultanément.
Les troubles temporo-mandibulaires, ou DTM, regroupent différentes atteintes des articulations de la mâchoire, des muscles masticateurs et des structures associées. Il ne s’agit donc pas d’une maladie unique. Les classifications actuelles distinguent notamment les douleurs musculaires, les douleurs articulaires, les déplacements du disque, certains blocages et les céphalées attribuées à un DTM. Une même personne peut présenter plusieurs de ces troubles simultanément. (Schiffman et al., 2014)
Dans cet article, nous allons comprendre comment fonctionne normalement la mâchoire, pourquoi elle peut devenir douloureuse, ce qui provoque certains craquements et blocages, et dans quelles situations il est important de consulter.
Au cabinet d’ostéopathie à Grasse, je reçois régulièrement des patients présentant une douleur à la mastication, des craquements douloureux ou une limitation de l’ouverture. Avant d’envisager un traitement, il est toutefois essentiel de comprendre les mécanismes possibles et de rechercher les situations nécessitant en priorité un avis médical ou dentaire.
Avant de comprendre votre mâchoire douloureuse, comment fonctionne normalement la mâchoire ?
Lorsque nous parlons de « l’articulation de la mâchoire », nous faisons en réalité référence aux deux articulations temporo-mandibulaires, souvent abrégées ATM.
Elles sont situées juste devant les oreilles et relient la mandibule, l’os mobile de la mâchoire inférieure, aux os temporaux du crâne.
Vous pouvez facilement les sentir : placez un doigt devant chaque oreille, puis ouvrez et fermez lentement la bouche. Vous percevrez le déplacement des deux extrémités de la mandibule, appelées condyles.
Ces deux articulations fonctionnent toujours ensemble. Il est impossible de mobiliser complètement un côté sans que l’autre participe. Leurs mouvements ne sont cependant pas parfaitement identiques : lorsque vous mastiquez d’un côté ou déplacez la mandibule latéralement, chaque articulation réalise un mouvement légèrement différent tout en restant coordonnée avec l’autre.
Cette organisation permet d’ouvrir et de fermer la bouche, de déplacer la mandibule vers l’avant ou sur les côtés, de mordre, de mâcher, de parler, de bâiller et de participer à la déglutition.
Mais le condyle mandibulaire ne glisse pas directement contre l’os temporal : un petit disque articulaire s’interpose entre les deux.
À quoi sert le disque articulaire ?
Le disque de l’ATM est une structure fibreuse souvent comparée à un ménisque. Placé entre le condyle mandibulaire et l’os temporal, il améliore l’adaptation entre les surfaces articulaires, participe à la répartition des contraintes et accompagne les mouvements de la mandibule.
Il ne s’agit donc pas d’un simple coussin immobile. Le disque se déplace au cours de l’ouverture et de la fermeture, guidé par ses attaches, la capsule articulaire et l’activité des muscles environnants.
Lorsque cette coordination se modifie, le disque peut ne plus accompagner le condyle de la même façon. Cela peut provoquer un claquement, une sensation d’accrochage ou, dans certaines situations, une limitation de l’ouverture.
Cependant, un déplacement du disque ne signifie pas nécessairement que l’articulation est abîmée ou qu’un traitement est indispensable. Une revue de la littérature estime que les déplacements discaux sont retrouvés chez environ 18 à 35 % de la population générale. Le déplacement avec réduction, responsable d’une partie des claquements, reste le plus souvent stable et indolore. (Naeije et al., 2013)
La découverte d’un déplacement discal sur une IRM ne suffit donc pas, à elle seule, à expliquer une douleur.
Que se passe-t-il lorsque vous ouvrez la bouche ?
L’ouverture de la bouche associe deux mouvements qui se succèdent progressivement.
Au début, le condyle effectue principalement une rotation dans l’articulation. La mandibule pivote alors un peu comme une charnière.
Lorsque l’ouverture se poursuit, le condyle et le disque glissent ensemble vers l’avant le long d’une pente osseuse appelée éminence articulaire. Cette translation permet d’obtenir une ouverture plus importante.
La bouche ne s’ouvre donc pas grâce à une simple rotation : le condyle commence par tourner, puis avance progressivement tandis que le disque accompagne son déplacement. Les muscles situés des deux côtés doivent coordonner l’ensemble du mouvement.
Cette mécanique explique pourquoi une perturbation de la coordination articulaire, une douleur musculaire ou une réaction de protection du système nerveux peuvent modifier l’amplitude et la trajectoire de la mandibule.
Quels muscles font bouger la mâchoire ?
Plusieurs muscles participent aux mouvements mandibulaires.
Le masséter, situé sur le côté de la joue, contribue principalement à la fermeture de la bouche. Il est particulièrement sollicité pendant la mastication.
Le temporal recouvre une partie de la tempe. Il participe également à la fermeture et au guidage de la mandibule. Lorsqu’il devient sensible, il peut provoquer une douleur ressentie dans la tempe, le front ou parfois certaines dents.
Les ptérygoïdiens sont situés plus profondément. Ils contribuent aux mouvements vers l’avant, aux déplacements latéraux et à la coordination mandibulaire.
Enfin, les muscles supra-hyoïdiens, placés sous la mandibule, participent à l’ouverture de la bouche et à la déglutition. Ils relient fonctionnellement la mandibule à la langue et à l’os hyoïde.
Ces muscles doivent être capables de produire une force importante, mais également de diminuer leur activité entre les sollicitations. Au repos, les lèvres peuvent être jointes sans effort, tandis que les dents restent normalement légèrement séparées.
Lorsqu’un muscle devient douloureux, fatigué ou excessivement sollicité, les autres peuvent modifier leur activité afin de maintenir la mastication, la parole et la déglutition. Cette adaptation est utile à court terme, mais peut parfois contribuer à entretenir les symptômes lorsqu’elle persiste.

Pourquoi une mâchoire peut-elle commencer à faire mal ?
La recherche actuelle ne permet pas d’identifier une cause unique commune à tous les troubles temporo-mandibulaires.
Un traumatisme peut clairement être impliqué dans certaines situations. Cependant, dans de nombreux cas, les symptômes apparaissent sans événement déclencheur évident. Les recherches s’orientent alors vers une interaction entre plusieurs facteurs : l’état des muscles et de l’articulation, le sommeil, le stress, la sensibilité à la douleur, les autres problèmes de santé et les capacités individuelles d’adaptation.
Contrairement à une idée longtemps répandue, une douleur de mâchoire ne s’explique donc généralement pas par une articulation simplement « déplacée » ou par une mauvaise occlusion qu’il faudrait systématiquement corriger. Les données actuelles ne soutiennent pas l’idée que la malocclusion ou les traitements orthodontiques constituent des causes générales des DTM. (NIDCR)
Plusieurs mécanismes peuvent en revanche se combiner.
Une sollicitation excessive des muscles masticateurs
Certaines personnes maintiennent leurs dents serrées une grande partie de la journée sans en avoir conscience. Cela peut survenir au travail, devant un écran, pendant la conduite, lors d’une tâche demandant beaucoup de concentration ou au cours d’une période stressante.
Le chewing-gum, une mastication très asymétrique ou une modification temporaire de l’alimentation peuvent également augmenter la sollicitation de certains muscles.
Lorsqu’un muscle travaille plus longtemps ou plus intensément que ce qu’il est momentanément capable de tolérer, il peut devenir sensible et fatigable. La personne peut alors ressentir une tension dans la joue ou la tempe, une douleur pendant les repas ou une difficulté à ouvrir complètement la bouche.
Les douleurs musculaires peuvent également être projetées : leur origine se trouve dans un muscle masticateur, mais elles sont ressenties vers la tempe, la joue, l’oreille ou certaines dents.
Cela ne signifie pas nécessairement que les fibres musculaires sont lésées. La douleur peut apparaître lorsqu’un déséquilibre s’installe entre les contraintes reçues et les capacités de récupération du système.
Le serrage et le grincement des dents peuvent faire partie de ces facteurs de sollicitation, mais ils ne provoquent pas systématiquement de douleur. Le bruxisme d’éveil, le bruxisme du sommeil et leurs mécanismes feront l’objet d’un article spécifique dans cette série.
Une irritation de l’articulation
La douleur peut également provenir de l’articulation elle-même. On parle alors notamment d’arthralgie temporo-mandibulaire.
Elle est généralement localisée juste devant l’oreille et peut augmenter pendant la mastication, le bâillement, une grande ouverture ou certains mouvements latéraux. Une pression exercée sur la région articulaire peut également reproduire la douleur habituelle.
Cette sensibilité peut apparaître après une sollicitation inhabituelle, un choc, une ouverture prolongée chez le dentiste ou sans événement clairement identifiable.
Comme dans d’autres articulations, les tissus peuvent devenir plus sensibles. Le système nerveux peut alors réduire automatiquement l’amplitude du mouvement et augmenter certaines contractions musculaires afin de protéger la région.
Cette réaction peut donner l’impression que la mâchoire est « bloquée », même lorsqu’aucun élément anatomique n’est réellement coincé.
Une limitation de l’ouverture ne signifie donc pas systématiquement que le disque fait obstacle au mouvement.
Une ouverture inhabituellement importante ou prolongée
Une séance dentaire longue, une extraction, une anesthésie générale, un bâillement important ou le fait de croquer un aliment très volumineux peuvent parfois précéder l’apparition des symptômes.
Dans ces situations, l’articulation, les muscles et les ligaments sont maintenus dans une position inhabituelle pendant un certain temps. Ils peuvent ensuite devenir temporairement sensibles ou modifier leur coordination.
Cela ne signifie pas nécessairement que la mâchoire a été « déplacée » pendant le soin. Il s’agit plus souvent d’une réaction à une sollicitation inhabituelle ou d’une diminution temporaire de la capacité des tissus à tolérer certains mouvements.
Un traumatisme
Un coup sur le menton, une chute, un accident de voiture ou un choc reçu au visage peuvent affecter les muscles, les ligaments, la capsule articulaire, le disque, les dents ou les structures osseuses.
Une douleur importante apparue après un traumatisme, une modification soudaine de la manière dont les dents se rencontrent ou une impossibilité d’ouvrir ou de refermer la bouche nécessite un examen médical ou dentaire avant toute prise en charge manuelle.
L’arthrose et les maladies inflammatoires
L’ATM peut, comme les autres articulations, présenter des modifications dégénératives. Leur présence à l’imagerie ne signifie toutefois pas automatiquement qu’elles expliquent toute la douleur.
Les modifications structurelles et l’intensité des symptômes ne sont pas toujours proportionnelles. Les images doivent donc être interprétées en fonction de l’histoire du patient et de l’examen clinique.
Certaines maladies rhumatismales inflammatoires peuvent également toucher les ATM. Cette possibilité mérite d’être recherchée lorsque les symptômes s’accompagnent de douleurs dans plusieurs articulations, de gonflements, d’une raideur matinale importante ou d’un contexte médical particulier.
Pourquoi la mâchoire craque-t-elle ?
Le craquement provient souvent d’un changement rapide dans la coordination entre le condyle et le disque articulaire. Lorsqu’il est indolore et que l’ouverture reste normale, il ne nécessite généralement pas de traitement.
Le craquement est pourtant l’un des symptômes qui inquiètent le plus, car il peut donner l’impression qu’un élément sort de sa place ou que l’articulation s’abîme à chaque ouverture. Un bruit articulaire n’est cependant pas nécessairement le signe d’un problème. Un craquement ancien et indolore, sans limitation de l’ouverture, est fréquent. Il devient surtout pertinent lorsqu’il est récent, douloureux, associé à une gêne fonctionnelle ou accompagné de blocages.
Le déplacement du disque avec réduction
Dans une articulation bien coordonnée, le disque reste interposé entre le condyle et l’os temporal pendant le mouvement.
Chez certaines personnes, il se trouve légèrement en avant du condyle lorsque la bouche est fermée. Au cours de l’ouverture, le condyle avance puis rejoint brusquement le disque. Ce passage peut produire un claquement.
On parle alors de déplacement discal avec réduction : le disque est décalé au repos, puis il est « récupéré » pendant l’ouverture. Un second bruit peut parfois survenir pendant la fermeture lorsque le condyle repasse derrière lui.
Ce mécanisme explique une partie des craquements, mais pas tous. Surtout, un déplacement discal avec réduction reste fréquemment indolore et stable. Seule une minorité évolue vers une perte de réduction, et celle-ci n’entraîne pas systématiquement un blocage douloureux. (Naeije et al., 2013)
L’objectif d’une prise en charge n’est donc pas de faire disparaître à tout prix chaque bruit articulaire ou de chercher systématiquement à « remettre le disque en place ». Il est avant tout de diminuer la douleur, de conserver ou de restaurer la mobilité et de permettre à la personne de manger, parler et bâiller confortablement.
Les crépitements
Certaines personnes n’entendent pas un claquement franc, mais perçoivent plutôt des frottements, un grésillement ou une sensation de « sable » dans l’articulation.
Ces crépitements peuvent être associés à des modifications des surfaces articulaires, notamment dans certains tableaux dégénératifs. Leur présence ne permet toutefois pas, à elle seule, d’établir un diagnostic ni de déterminer la gravité du problème.

Pourquoi la mâchoire peut-elle se bloquer ?
Une mâchoire peut se bloquer soit en limitant fortement l’ouverture, soit en restant ouverte. Ces deux situations ne correspondent pas au même mécanisme et n’ont pas le même degré d’urgence.
Certaines personnes ressentent seulement une difficulté transitoire à poursuivre l’ouverture. D’autres ne peuvent réellement plus ouvrir ou restent, au contraire, bloquées bouche ouverte.
La bouche ne s’ouvre plus normalement
Lorsque le disque reste en avant du condyle et n’est plus récupéré pendant l’ouverture, il peut limiter le déplacement de la mandibule. On parle alors de déplacement discal sans réduction, parfois appelé « blocage bouche fermée » ou closed lock.
La personne peut constater une diminution soudaine de l’ouverture, une douleur devant l’oreille et une difficulté à manger. La mandibule peut dévier vers le côté concerné. Il arrive également qu’un craquement habituellement présent disparaisse au moment où l’ouverture devient limitée.
Cependant, toutes les limitations d’ouverture ne sont pas provoquées par le disque. Une contraction musculaire protectrice, une inflammation, un traumatisme, une infection dentaire ou d’autres pathologies peuvent produire un tableau ressemblant.
L’évolution d’un déplacement discal sans réduction est souvent favorable. Les signes peuvent diminuer au cours des mois et les prises en charge conservatrices sont généralement privilégiées en première intention. Les études disponibles ne montrent pas de supériorité systématique des interventions invasives sur les traitements conservateurs. (Al-Baghdadi et al., 2014)
La mâchoire reste bloquée ouverte
Lors d’une ouverture très importante, le condyle peut dépasser l’éminence articulaire et ne pas parvenir à revenir spontanément en arrière.
La bouche reste alors ouverte. La personne ne peut plus la refermer normalement, parle difficilement et peut présenter une salivation importante ainsi qu’une douleur croissante.
Cette situation correspond à une luxation mandibulaire et nécessite une prise en charge médicale rapide. Il ne faut pas essayer de forcer soi-même la fermeture.
Certaines personnes présentent plutôt des épisodes de subluxation : la mâchoire semble partir très loin vers l’avant, accroche, puis revient spontanément. Lorsque ces épisodes se répètent, un bilan spécialisé est indiqué.

Pourquoi la douleur peut-elle persister alors que rien n’est « cassé » ?
Une douleur récente joue généralement un rôle protecteur. Elle incite à diminuer temporairement certaines contraintes afin de permettre aux tissus de récupérer.
Lorsque la douleur dure, son fonctionnement devient toutefois plus complexe.
La personne peut commencer à éviter les grandes ouvertures, à ne mâcher que d’un côté ou à surveiller constamment les bruits produits par l’articulation. Elle peut également tester régulièrement son ouverture ou chercher à provoquer le craquement pour vérifier que la mâchoire fonctionne encore.
Les muscles se contractent alors davantage pour protéger la région. Le mouvement peut devenir moins naturel, plus contrôlé et progressivement plus appréhendé.
Dans le même temps, le système nerveux peut devenir plus réactif aux informations provenant de la mâchoire. Des mouvements ou des contraintes auparavant bien tolérés deviennent alors inconfortables ou douloureux.
Ce phénomène, appelé sensibilisation, ne signifie pas que la douleur est imaginaire. Elle est bien réelle, mais son intensité n’est plus uniquement proportionnelle à l’état des tissus locaux.
Le sommeil, la fatigue, le stress, l’inquiétude, les croyances concernant la douleur et la présence d’autres troubles persistants peuvent influencer cette évolution. Les travaux prospectifs du programme OPPERA ont ainsi montré que l’apparition des DTM douloureux résulte de l’interaction de nombreux facteurs biologiques, sensoriels, psychologiques et cliniques plutôt que d’une cause mécanique unique. (Slade et al., 2013)
Une douleur persistante n’est donc pas forcément le signe que l’articulation continue à se dégrader. Elle peut correspondre à un système devenu plus protecteur et plus sensible.
C’est aussi pour cette raison que les explications données au patient sont importantes. Présenter systématiquement la mâchoire comme déplacée, fragile ou en train de s’user à chaque craquement peut augmenter l’inquiétude et modifier la manière dont la personne utilise sa bouche. Les croyances erronées concernant les DTM peuvent ainsi influencer négativement le parcours de soins et le pronostic. (Cintra et al., 2022)
Les troubles temporo-mandibulaires peuvent également être associés à des cervicalgies, des céphalées ou certaines modifications des fonctions oro-faciales. Ces relations sont complexes et ne permettent pas d’affirmer qu’une seule région est responsable de tous les symptômes. Elles seront approfondies dans un article spécifique consacré aux liens entre la mâchoire, le cou, les maux de tête, la langue et la respiration.
Quel rôle peuvent jouer le stress et le sommeil ?
Dire qu’une mâchoire est douloureuse « à cause du stress » serait beaucoup trop simpliste.
Le stress ne déplace pas directement le disque et n’abîme pas automatiquement l’articulation. Il peut cependant influencer plusieurs mécanismes susceptibles d’augmenter les symptômes.
Pendant une période stressante, certaines personnes serrent davantage les dents pendant la journée, contractent plus souvent les muscles du visage ou récupèrent moins efficacement. Le sommeil peut devenir plus fragmenté, la fatigue augmenter et le système nerveux devenir plus sensible à la douleur.
La relation fonctionne également dans l’autre sens : une douleur qui empêche de manger, perturbe le sommeil ou inquiète durablement peut elle-même augmenter le niveau de stress.
Les études longitudinales retrouvent des associations entre le risque de DTM et le stress perçu, certains symptômes anxieux ou dépressifs, une mauvaise qualité de sommeil ainsi que des symptômes évocateurs d’apnée obstructive du sommeil. Ces facteurs augmentent le risque chez certaines personnes, sans constituer des causes automatiques ni suffisantes à eux seuls. (Da-Cas et al., 2024)
Le rôle précis du bruxisme d’éveil, du bruxisme du sommeil, des micro-éveils et de la respiration nocturne sera développé dans un prochain article.

Quand faut-il consulter ?
Un craquement isolé, ancien et indolore, avec une ouverture normale, ne nécessite généralement pas de traitement.
Il est en revanche pertinent de consulter lorsque la mâchoire devient douloureuse, que la mastication est difficile, que l’ouverture diminue ou que des blocages se répètent.
Une douleur qui persiste, s’aggrave ou perturbe l’alimentation, la parole ou le sommeil mérite également une évaluation par un chirurgien-dentiste et/ou un médecin.
Certaines situations nécessitent un avis médical ou dentaire rapide :
la bouche reste bloquée ouverte et ne peut plus se refermer ;
l’ouverture devient brutalement très limitée ;
les symptômes apparaissent après un traumatisme du visage ou du menton ;
la manière dont les dents se rencontrent change soudainement ;
un gonflement important, une rougeur ou de la fièvre apparaissent ;
une douleur dentaire intense fait suspecter une infection ;
une difficulté à avaler ou à respirer apparaît ;
une perte de sensibilité du visage ou d’autres symptômes neurologiques sont présents.
Une douleur inhabituelle qui progresse rapidement, une masse persistante, une altération de l’état général ou une perte de poids inexpliquée doivent également conduire à un avis médical.
Après 50 ans, une nouvelle douleur au niveau de la tempe, surtout si elle s’accompagne de troubles visuels, d’une fatigue inhabituelle ou de douleurs pendant la mastication, doit être évaluée rapidement afin d’écarter une artérite à cellules géantes.
Enfin, une douleur thoracique irradiant vers le bras ou la mâchoire, accompagnée d’un essoufflement, d’un malaise, de sueurs ou de nausées constitue une urgence médicale.
Comment le diagnostic est-il posé ?
Il n’existe pas un examen unique permettant de diagnostiquer tous les troubles de la mâchoire.
L’évaluation repose d’abord sur un interrogatoire précis et un examen clinique. Les professionnels et les chercheurs peuvent notamment s’appuyer sur les critères diagnostiques internationaux DC/TMD, développés pour identifier de manière standardisée les principaux troubles temporo-mandibulaires. (Schiffman et al., 2014)
Le professionnel cherche à comprendre où se situe la douleur, depuis combien de temps elle évolue, quels mouvements la déclenchent et si elle s’accompagne de craquements, d’une limitation ou de blocages. Son retentissement sur la mastication, la parole, le sommeil et la vie quotidienne doit également être pris en compte.
L’examen évalue notamment l’amplitude et la trajectoire de l’ouverture, les mouvements latéraux, la sensibilité des muscles masticateurs et de l’articulation ainsi que la reproduction éventuelle de la douleur habituelle.
Cette notion est importante : une tension retrouvée à la palpation n’explique pas forcément les symptômes. La reproduction de la douleur que le patient reconnaît apporte généralement une information plus pertinente.
Une imagerie n’est pas systématiquement nécessaire. Une radiographie panoramique, une IRM, un scanner ou un cone beam peuvent être demandés lorsqu’une pathologie particulière est suspectée ou lorsque le résultat est susceptible de modifier la prise en charge.
L’IRM permet notamment d’observer les tissus mous et la position du disque, tandis que le scanner et le cone beam renseignent davantage sur les structures osseuses. Là encore, une image doit toujours être interprétée en fonction des symptômes et de l’examen clinique.
En résumé
Une mâchoire douloureuse, qui craque ou qui se bloque, ne s’explique pas toujours par la même cause.
Les symptômes peuvent concerner principalement les muscles masticateurs, l’articulation, le disque ou plusieurs de ces éléments simultanément. Le sommeil, le stress, certaines habitudes de serrage et la présence d’autres douleurs peuvent également influencer leur évolution sans constituer une cause unique.
Un craquement isolé, indolore et sans limitation est fréquent et généralement sans gravité. Il n’est donc pas nécessaire de chercher systématiquement à faire disparaître chaque bruit ou à « remettre le disque en place ».
En revanche, une douleur persistante, une diminution de l’ouverture, une gêne importante pendant la mastication ou des blocages répétés justifient un bilan.
Une impossibilité brutale d’ouvrir ou de refermer la bouche, un traumatisme, une modification soudaine de l’occlusion, un gonflement accompagné de fièvre ou une difficulté à avaler ou à respirer nécessitent une prise en charge médicale rapide.
Dans les prochains articles, nous aborderons d’abord le bruxisme, puis les liens entre la mâchoire, les cervicales, les maux de tête, la langue et la respiration.
Un dernier article sera ensuite consacré aux traitements conservateurs recommandés et à la place que peut occuper l’ostéopathie dans la prise en charge des douleurs de mâchoire.
Je vous accueille au cabinet d’ostéopathie à Grasse pour les douleurs de mâchoire, les craquements douloureux, les limitations d’ouverture et les troubles fonctionnels associés.
Lorsque la situation nécessite un bilan dentaire, médical, ORL ou maxillo-facial, la consultation permet également de vous orienter vers le professionnel adapté.
Références scientifiques principales
Schiffman E. et al. Diagnostic Criteria for Temporomandibular Disorders — DC/TMD. Journal of Oral & Facial Pain and Headache, 2014.
Peck C.C. et al. Expanding the taxonomy and consensus classification of temporomandibular disorders. Journal of Oral Rehabilitation, 2014.
Naeije M. et al. Disc displacement within the human temporomandibular joint. Journal of Oral Rehabilitation, 2013.
Al-Baghdadi M. et al. Management of temporomandibular joint disc displacement without reduction. Journal of Dental Research, 2014.
Da-Cas C.D. et al. Risk factors for temporomandibular disorders: a systematic review of cohort studies. Oral Surgery, Oral Medicine, Oral Pathology and Oral Radiology, 2024.
Slade G.D. et al. Summary of findings from the OPPERA prospective cohort study. Journal of Pain, 2013.
Cintra D.N. et al. Impact of beliefs and misinformation in temporomandibular disorders. Journal of Oral Rehabilitation, 2022.
National Institute of Dental and Craniofacial Research. Temporomandibular Disorders. Synthèse institutionnelle des connaissances destinées aux patients.



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