Bruxisme et douleur de mâchoire comprendre le serrement et le grincement des dents

Serrer les dents en travaillant, se réveiller avec la mâchoire fatiguée ou entendre son partenaire grincer des dents pendant la nuit sont des situations souvent regroupées sous le terme de bruxisme.
Le bruxisme peut prendre la forme d’un serrement des dents, d’un grincement ou d’une mise en tension de la mandibule, avec ou sans contact dentaire.
Il existe deux formes distinctes : le bruxisme éveillé et le bruxisme du sommeil. Leurs mécanismes et leur prise en charge ne sont pas identiques.
Le bruxisme n’est pas automatiquement une maladie et ne provoque pas systématiquement de douleur de mâchoire ou d’usure dentaire. Il devient surtout important lorsqu’il entraîne des conséquences sur les muscles, les articulations temporo-mandibulaires, les dents ou le sommeil.
Dans ma pratique d’ostéopathe à Grasse, il est fréquent que des patients consultent pour une mâchoire tendue ou douloureuse en pensant que le bruxisme explique nécessairement tous leurs symptômes. La première étape consiste alors à différencier le bruxisme de l’éveil du bruxisme du sommeil, à rechercher son retentissement réel et à identifier les situations nécessitant un avis dentaire ou médical.
Nous allons maintenant comprendre ce qu’est réellement le bruxisme, pourquoi il apparaît, comment il est évalué et dans quelles situations il nécessite une prise en charge.
Qu’est-ce que le bruxisme et quelles sont ses différentes formes ?
Le bruxisme correspond à une activité répétée des muscles qui mobilisent la mâchoire.
Cette activité peut prendre plusieurs formes. Les dents peuvent être serrées ou frottées les unes contre les autres. La mandibule peut également être maintenue fortement dans une position ou poussée vers l’avant, même sans contact entre les dents.
Le bruxisme ne se résume donc pas au grincement audible.
Pendant longtemps, il a été présenté comme une pathologie ou une mauvaise habitude qu’il fallait nécessairement supprimer. La définition internationale actuelle est plus nuancée.
Le bruxisme n’est pas automatiquement considéré comme un trouble. Il peut être présent sans conséquence, constituer un facteur susceptible d’augmenter certains risques ou, dans des situations particulières, être associé à une fonction physiologique.
Il peut également coexister avec une pathologie, un trouble du sommeil ou la prise de certains médicaments, sans qu’il soit toujours possible d’établir une relation directe de cause à effet.
L’objectif n’est donc pas de supprimer à tout prix chaque contraction des muscles masticateurs. Il est de déterminer si cette activité entraîne réellement des conséquences chez la personne concernée. (Lobbezoo et al., 2018, Verhoeff et al., 2025)
Le bruxisme est-il une parafonction de la mâchoire ?
Le bruxisme est fréquemment décrit comme une parafonction orale. Ce terme mérite d’être expliqué, car il peut donner l’impression qu’il s’agit forcément d’un fonctionnement anormal ou dangereux.
Une fonction orale répond à un objectif physiologique identifiable. La mastication permet de préparer les aliments à la déglutition. La langue, les lèvres et la mandibule participent également à la parole, à la déglutition et aux expressions du visage.
Une parafonction correspond à une activité de la bouche ou de la mâchoire réalisée en dehors de ces fonctions habituelles. Certaines activités sont clairement non fonctionnelles. D’autres, comme la mastication d’un chewing-gum, sont physiologiques au départ, mais peuvent devenir une source de sursollicitation lorsqu’elles sont très fréquentes ou prolongées.
Les principales parafonctions et habitudes orales recherchées sont notamment :
serrer ou grincer des dents
maintenir les dents en contact en dehors des repas et de la déglutition
contracter ou immobiliser fortement la mandibule sans contact dentaire
pousser ou maintenir la mâchoire vers l’avant ou sur le côté
mordiller les lèvres, les joues ou la langue
ronger ses ongles
mâchonner un stylo, un crayon ou un autre objet
mâcher très fréquemment du chewing-gum
maintenir la langue fortement appuyée contre les dents
tenir régulièrement le menton ou la mâchoire dans la main
Le bruxisme constitue donc une forme particulière de parafonction impliquant principalement les muscles masticateurs. En revanche, toutes les parafonctions orales ne correspondent pas à un bruxisme.
Pourquoi faut-il rechercher plusieurs parafonctions ?
La présence occasionnelle d’une seule parafonction ne signifie pas qu’elle provoque une douleur ou qu’elle endommage la mâchoire.
L’évaluation devient plus pertinente lorsque plusieurs comportements sont associés et répétés au cours de la journée.
Une personne peut, par exemple, maintenir ses dents en contact lorsqu’elle travaille, serrer davantage en conduisant, mâcher du chewing-gum plusieurs heures et mordiller l’intérieur de ses joues. Chaque activité considérée séparément peut sembler peu importante, mais leur répétition réduit progressivement les périodes pendant lesquelles les muscles et les articulations peuvent récupérer.
Les études utilisant l’Oral Behaviors Checklist retrouvent justement une association entre l’accumulation de comportements oraux et les troubles temporo-mandibulaires douloureux. Certaines données suggèrent une relation dose-réponse, avec une probabilité plus élevée de présenter des douleurs lorsque le nombre ou la fréquence des comportements augmente. (Barbosa et al., 2021, Sun et al., 2024)
Cela ne signifie pas que les parafonctions constituent automatiquement la cause de la douleur. La majorité des études disponibles observent une association à un moment donné et ne permettent pas toujours de déterminer dans quel sens fonctionne la relation.
Une personne douloureuse peut également protéger sa mâchoire, modifier ses mouvements ou développer davantage de comportements de mise en tension.
Le simple nombre de parafonctions ne suffit donc pas. Il faut aussi tenir compte de leur fréquence, de leur durée, de l’effort produit, de la capacité de récupération de la personne, de son sommeil et de la présence éventuelle d’autres douleurs.
Les consensus récents préfèrent ainsi décrire le bruxisme comme un comportement moteur plutôt que comme une maladie. Le terme de parafonction indique que l’activité se produit en dehors des fonctions orales habituelles, mais il ne préjuge pas à lui seul de sa gravité. (Lobbezoo et al., 2018, Verhoeff et al., 2025)

Bruxisme de l’éveil et bruxisme du sommeil quelles différences ?
Les connaissances actuelles distinguent clairement deux manifestations.
Le bruxisme de l’éveil
Le bruxisme de l’éveil survient lorsque la personne est réveillée.
Il correspond le plus souvent à un contact prolongé entre les dents, à un serrement ou à une contraction maintenue des muscles masticateurs. La mandibule peut également être poussée vers l’avant ou maintenue fermement sans que les dents se touchent.
Le grincement est beaucoup plus rare pendant la journée.
Cette activité apparaît parfois pendant une tâche exigeant de la concentration, devant un écran, au volant, pendant un effort physique ou lors d’une période de tension. Elle peut devenir tellement automatique que la personne ne la remarque plus.
Le bruxisme du sommeil
Le bruxisme du sommeil se produit lorsque la personne dort.
Il se manifeste par une activité rythmique ou non rythmique des muscles masticateurs. Les dents peuvent se serrer ou glisser les unes contre les autres, provoquant parfois un bruit entendu par l’entourage.
Cette activité échappe au contrôle volontaire. Elle ne correspond pas simplement à une mauvaise habitude de la journée qui se poursuivrait inconsciemment pendant la nuit.
Les deux formes peuvent coexister, mais elles ne possèdent pas nécessairement les mêmes mécanismes ni les mêmes facteurs associés. Il est donc important de les distinguer avant de parler de diagnostic ou de traitement.

Quelle est la position normale de la mâchoire au repos ?
Au repos, les lèvres peuvent être jointes sans effort, mais les dents ne sont normalement pas maintenues en contact permanent. Un petit espace persiste entre les arcades dentaires. Les muscles masticateurs conservent alors une activité relativement faible.
Les dents se rencontrent principalement pendant la mastication et certaines phases de la déglutition. Elles n’ont pas besoin de rester serrées pour maintenir la mandibule en place.
Un contact occasionnel n’est pas problématique.
En revanche, lorsque les dents restent fréquemment serrées et que les muscles sont contractés pendant de longues périodes, leur temps de récupération diminue.
Cela peut contribuer à une sensation de fatigue, de tension ou de douleur, notamment au niveau des masséters situés sur les joues et des muscles temporaux situés au niveau des tempes.
Pourquoi serre-t-on les dents pendant la journée ?
Le bruxisme de l’éveil peut être influencé par l’attention, les émotions, l’effort et certaines habitudes acquises.
Une personne peut serrer les dents lorsqu’elle se concentre, lorsqu’elle travaille dans l’urgence, lorsqu’elle conduit ou lorsqu’elle réalise un effort physique. Chez d’autres, la contraction apparaît pendant une situation émotionnellement difficile.
Le stress peut donc favoriser le serrement, mais la relation n’est ni automatique ni identique pour tout le monde.
Toutes les personnes qui serrent les dents ne sont pas anxieuses. Certaines le font principalement lorsqu’elles sont concentrées ou physiquement engagées, sans éprouver de stress particulier au même moment.
Les études utilisant une évaluation répétée par smartphone montrent également que le contact dentaire simple et la mise en tension de la mandibule sont plus fréquemment rapportés que le véritable serrement intense. Le grincement pendant l’éveil est, quant à lui, rarement signalé. (Colonna et al., 2023)
Comment observer le bruxisme de l’éveil ?
Le bruxisme de l’éveil est difficile à évaluer avec une seule question posée en fin de journée. Nous ne nous souvenons pas nécessairement de la position de notre mâchoire plusieurs heures auparavant.
L’évaluation écologique momentanée consiste à interroger la personne plusieurs fois au cours de la journée, généralement à l’aide d’une application. Elle doit alors indiquer si sa mâchoire est détendue, si ses dents se touchent, si elle serre ou si elle maintient sa mandibule en tension.
Cette méthode permet d’observer le comportement dans la vie quotidienne plutôt que de se fier uniquement à un souvenir global. Elle peut également aider la personne à prendre conscience du serrement et à interrompre progressivement l’habitude lorsqu’elle survient. (Osiewicz et al., 2019, Dias et al., 2021)
L’objectif n’est toutefois pas de surveiller constamment la mâchoire. Une attention excessive peut augmenter l’inquiétude et conduire la personne à tester ou contrôler continuellement ses mouvements.
Quelques observations réparties dans la journée sont généralement plus utiles qu’une vigilance permanente.

Pourquoi grince-t-on des dents pendant le sommeil ?
Le grincement des dents pendant le sommeil est l’une des manifestations possibles du bruxisme nocturne. Tous les épisodes ne produisent cependant pas de bruit et certaines personnes contractent fortement les muscles sans faire glisser leurs dents.
Les enregistrements réalisés pendant le sommeil montrent que les épisodes ne surviennent pas de manière complètement isolée. Ils apparaissent fréquemment autour de très brèves activations du cerveau et du système nerveux autonome appelées micro-éveils.
Ces micro-éveils ne signifient pas que la personne se réveille complètement. Elle n’en conserve généralement aucun souvenir.
Quelques secondes avant l’activité des muscles masticateurs, des modifications de l’activité cérébrale, du rythme cardiaque et de la respiration peuvent être observées. Les muscles situés sous la mandibule puis les muscles masticateurs s’activent ensuite.
La mâchoire peut alors produire plusieurs contractions rythmiques rapprochées. Cette activité est appelée activité musculaire masticatoire rythmique.
Elle existe également chez des personnes qui ne grincent pas des dents et qui ne présentent aucune conséquence clinique. Le bruxisme du sommeil semble donc représenter une expression plus importante ou plus fréquente d’un mécanisme moteur pouvant appartenir au fonctionnement normal du sommeil. (Kato et al., 2001, Huynh et al., 2006)
Cela explique pourquoi le bruxisme du sommeil ne peut pas être réduit à une mauvaise position des dents ou à une mâchoire qui serait « décalée ».
Son fonctionnement implique principalement le système nerveux central, le système nerveux autonome et les mécanismes de régulation du sommeil.
Le stress provoque-t-il le bruxisme nocturne ?
Le stress est probablement l’explication la plus souvent avancée lorsqu’une personne grince des dents.
Il peut effectivement influencer le sommeil, les micro-éveils et l’activité musculaire. Il joue également un rôle plus évident dans certaines formes de serrement pendant l’éveil.
Il ne constitue cependant pas une explication suffisante pour tous les bruxismes du sommeil.
La génétique, les caractéristiques individuelles du sommeil, certains médicaments, la consommation de substances stimulantes et différents problèmes médicaux peuvent aussi intervenir.
Présenter le bruxisme comme la simple conséquence d’un stress mal géré peut devenir culpabilisant. Une personne ne choisit pas de contracter ses muscles pendant son sommeil et ne peut pas interrompre volontairement un mécanisme dont elle n’a pas conscience.
Le stress doit donc être considéré comme un facteur susceptible de moduler la situation, et non comme une cause universelle.
Quels facteurs peuvent influencer le bruxisme ?
Le bruxisme ne possède pas une cause unique valable pour tout le monde.
Certaines études retrouvent une association entre le bruxisme du sommeil et la consommation d’alcool, de caféine ou de tabac. Les données restent néanmoins limitées et ne permettent pas d’affirmer que ces substances provoquent systématiquement un bruxisme. (Bertazzo-Silveira et al., 2016)
Certains médicaments peuvent également favoriser l’apparition ou l’aggravation d’un serrement ou d’un grincement.
Cela a notamment été rapporté avec certains antidépresseurs et psychostimulants. Lorsqu’un bruxisme apparaît peu après l’introduction d’un traitement ou une modification de dose, il est utile d’en parler au médecin prescripteur.
Il ne faut pas interrompre ou modifier seul son traitement.
Une revue consacrée aux bruxismes associés aux antidépresseurs décrit fréquemment une apparition dans les semaines suivant leur introduction ou leur ajustement. (Garrett et Hawley, 2018)
L’âge, certaines pathologies neurologiques, la douleur persistante et plusieurs troubles du sommeil peuvent également modifier l’activité des muscles de la mâchoire.
L’évaluation doit donc s’intéresser à la personne dans son ensemble plutôt que de rechercher une cause mécanique unique.
Bruxisme nocturne, sommeil et respiration quels liens ?
Le lien entre le bruxisme du sommeil et les troubles respiratoires du sommeil fait l’objet de nombreuses recherches.
Le bruxisme et l’apnée obstructive du sommeil peuvent coexister. Ils partagent certains mécanismes, notamment les micro-éveils et les variations de l’activité du système nerveux autonome.
Certains chercheurs ont proposé que des contractions de la mâchoire puissent parfois participer à la réouverture ou à la stabilisation des voies respiratoires après un événement respiratoire. Cette éventuelle fonction protectrice reste une hypothèse qui ne peut pas être généralisée à toutes les personnes présentant un bruxisme.
Les résultats des études demeurent contradictoires. Certaines retrouvent une association entre apnée et bruxisme, tandis qu’une méta-analyse récente ne confirme pas de relation générale claire. (Błaszczyk et al., 2024)
Le grincement des dents ne permet donc pas de diagnostiquer une apnée du sommeil.
En revanche, certains signes justifient d’explorer plus largement la respiration nocturne. C’est notamment le cas en présence de ronflements importants, de pauses respiratoires observées par l’entourage, de réveils avec une sensation d’étouffement, d’un sommeil non réparateur ou d’une somnolence importante pendant la journée.
Dans cette situation, une évaluation médicale du sommeil peut être indiquée en complément de l’examen dentaire.

Le bruxisme provoque-t-il toujours des douleurs ou des lésions ?
Non. Une personne peut présenter une activité importante des muscles masticateurs sans douleur ni détérioration dentaire. À l’inverse, une douleur de mâchoire peut exister sans bruxisme significatif.
Les conséquences varient selon la fréquence et l’intensité des contractions, la capacité de récupération, l’état des dents, le sommeil, les autres parafonctions et la sensibilité propre à chaque personne. Le bruxisme est donc davantage envisagé comme un continuum que comme un phénomène simplement présent ou absent.
L’association avec les troubles temporo-mandibulaires douloureux semble plus régulière pour le bruxisme éveillé que pour le bruxisme du sommeil. Elle ne prouve toutefois pas que le bruxisme constitue l’unique cause de la douleur. (Mortazavi et al., 2023)
Les contraintes répétées peuvent également contribuer à une sensibilité, une usure, une fissure ou une fracture dentaire, notamment lorsqu’une dent est déjà fragilisée ou restaurée. Le risque dépend néanmoins de plusieurs facteurs et non de la seule présence d’un bruxisme.
Comment savoir si vous serrez ou grincez des dents ?
Certains signes peuvent attirer l’attention :
des dents qui restent en contact pendant une tâche exigeante, la conduite ou un effort ;
une fatigue ou une raideur de la mâchoire au réveil ;
une sensibilité des joues ou des tempes ;
des grincements entendus par le partenaire ;
une usure, des fissures ou des restaurations régulièrement endommagées.
Des marques sur la langue, une ligne blanche à l’intérieur des joues ou des masséters développés peuvent également être observés, mais ces signes ne sont pas spécifiques.
L’usure dentaire ne prouve pas davantage que le bruxisme est encore actif. Elle reflète toute l’histoire de la dent et peut aussi être influencée par l’alimentation acide, un reflux ou les caractéristiques de l’émail. Un bruxisme récent peut, au contraire, ne pas avoir encore laissé de trace visible. (Bronkhorst et al., 2024)
Aucun de ces éléments ne permet donc, à lui seul, de confirmer un bruxisme.
Comment le bruxisme est-il évalué ?
L’évaluation commence par un entretien et un examen clinique. Le praticien distingue l’activité observée pendant l’éveil de celle suspectée pendant le sommeil. Il recherche ses conséquences sur les dents, les muscles et les articulations, mais aussi les autres parafonctions, les médicaments, les habitudes de vie et les éventuels troubles du sommeil.
Pour le bruxisme du sommeil, l’enregistrement de l’activité des muscles masticateurs apporte une mesure plus objective. La polysomnographie avec enregistrement audio et vidéo reste l’examen le plus complet, mais elle n’est pas nécessaire dans toutes les situations. Elle est surtout envisagée lorsqu’un autre trouble du sommeil est suspecté ou que le tableau reste difficile à interpréter.
Bruxisme quand et qui consulter ?
Un serrement occasionnel sans douleur, sans dommage dentaire et sans retentissement particulier ne nécessite pas toujours de traitement.
Un chirurgien-dentiste doit être consulté en cas d’usure évolutive, de sensibilité, de fissure, de fracture ou de détérioration répétée des restaurations. Une douleur persistante de la mâchoire, une fatigue musculaire importante, une limitation de l’ouverture ou des blocages justifient également une évaluation.
Si le bruxisme apparaît après l’introduction ou la modification d’un médicament, il faut en informer le médecin prescripteur sans interrompre seul le traitement.
Lorsque des signes évocateurs d’un trouble respiratoire du sommeil sont présents, un avis médical ou spécialisé peut être nécessaire.
La place de l’ostéopathie et les limites de la prise en charge manuelle seront détaillées dans le dernier article de cette série.
Peut-on agir sur le bruxisme ?
La réponse dépend en partie du moment où l’activité se produit. Le bruxisme éveillé et le bruxisme du sommeil ne reposent pas exactement sur les mêmes mécanismes et ne se prennent donc pas en charge de la même manière.
Pour le bruxisme éveillé
Le serrement diurne peut devenir une réponse automatique dans certaines situations de concentration, d’effort, de tension émotionnelle ou de vigilance. La première étape consiste à repérer ces moments, ainsi que les autres parafonctions qui peuvent s’y associer.
Des rappels ponctuels dans la journée peuvent aider à vérifier la position de repos de la mâchoire : les lèvres peuvent être en contact sans effort, tandis que les dents restent légèrement séparées. L’objectif n’est pas de surveiller constamment sa bouche, mais de prendre progressivement conscience du comportement et d’apprendre une réponse différente.
Lorsque le serrement s’accompagne de douleurs, un travail sur la mobilité, les muscles masticateurs et les éventuelles tensions cervicales peut compléter cette approche. Si le stress, l’anxiété ou certaines habitudes jouent un rôle important, des méthodes comportementales ou un accompagnement psychologique peuvent également être proposés. Cela ne signifie pas que les symptômes sont imaginaires : les émotions, l’attention et les automatismes influencent réellement l’activité musculaire et la perception de la douleur.
Pour le bruxisme du sommeil
Il n’est pas possible de contrôler volontairement sa mâchoire pendant le sommeil. La prise en charge ne consiste donc pas simplement à essayer de « se détendre davantage » avant de se coucher.
Elle cherche d’abord à déterminer si le bruxisme provoque réellement des conséquences, puis à identifier les éléments susceptibles de l’influencer : qualité du sommeil, micro-éveils, consommation d’alcool, de nicotine ou de stimulants, ainsi que certains médicaments.
Lorsque les dents sont exposées à des contraintes importantes, le chirurgien-dentiste peut proposer une gouttière destinée à les protéger, sans que celle-ci arrête nécessairement le bruxisme.
La respiration, la langue et la déglutition peuvent également faire partie du bilan. Pendant le sommeil, les mouvements de la mâchoire s’intègrent à un ensemble d’activités comprenant la production de salive, la déglutition et le maintien de la perméabilité des voies aériennes. Les épisodes de bruxisme sont d’ailleurs fréquemment accompagnés ou suivis d’une déglutition. Cela ne signifie cependant pas qu’un mauvais placement de la langue provoque systématiquement le bruxisme.
Une respiration buccale persistante, une obstruction nasale, des ronflements, des pauses respiratoires constatées, une bouche sèche au réveil, une somnolence dans la journée ou un sommeil non réparateur justifient une exploration plus précise. Selon les signes retrouvés, un avis auprès d’un médecin du sommeil, d’un ORL, d’un chirurgien-dentiste ou d’un orthophoniste formé aux fonctions oro-myofaciales peut être indiqué.

Questions fréquentes sur le bruxisme
Le bruxisme correspond-il uniquement au grincement des dents ?
Non. Le bruxisme peut prendre la forme d’un grincement, mais aussi d’un serrement des dents ou d’une mise en tension de la mandibule sans contact dentaire.
Peut-on faire du bruxisme sans s’en rendre compte ?
Oui. Le serrement pendant la journée peut devenir automatique et le bruxisme du sommeil se produit généralement sans que la personne en ait conscience.
Il peut être signalé par l’entourage ou suspecté devant certains symptômes, mais aucun signe isolé ne suffit à le confirmer.
Le stress est-il la cause du bruxisme ?
Le stress peut favoriser le serrement des dents chez certaines personnes, particulièrement pendant l’éveil. Il ne constitue cependant pas l’unique cause du bruxisme du sommeil, qui implique également les mécanismes nerveux et les micro-éveils nocturnes.
Le bruxisme provoque-t-il toujours une douleur de mâchoire ?
Non. Certaines personnes présentent un bruxisme sans douleur ni dommage dentaire.
À l’inverse, une douleur de mâchoire peut être présente sans bruxisme important.
Le bruxisme peut-il être associé à l’apnée du sommeil ?
Les deux phénomènes peuvent coexister, mais leur relation n’est pas systématique.
Des ronflements importants, des pauses respiratoires, des réveils avec une sensation d’étouffement ou une somnolence pendant la journée justifient une évaluation médicale du sommeil.
Ce qu’il faut retenir sur le bruxisme
Le bruxisme désigne une activité répétée des muscles de la mâchoire pouvant prendre la forme d’un serrement, d’un grincement des dents ou d’une mise en tension de la mandibule. Il appartient aux parafonctions orales, mais ne constitue pas systématiquement une maladie.
Il est essentiel de distinguer le bruxisme éveillé, souvent associé aux habitudes, à la concentration et parfois au stress, du bruxisme du sommeil, lié notamment à l’activité du système nerveux et aux micro-éveils nocturnes.
Tous les bruxismes ne provoquent pas de douleur de mâchoire, d’usure dentaire ou de trouble de l’articulation temporo-mandibulaire. La prise en charge dépend donc moins de la présence du comportement que de ses causes possibles, de ses conséquences et des facteurs associés.
Un bilan permet de déterminer s’il faut principalement agir sur les habitudes diurnes, protéger les dents, explorer la qualité du sommeil ou prendre en charge les douleurs musculaires et articulaires.
Vous présentez un serrement des dents, des tensions musculaires ou une douleur de mâchoire ? Une consultation d’ostéopathie à Grasse peut permettre d’évaluer la mobilité de la mâchoire, les tensions associées et leur retentissement, en complément du suivi réalisé par votre chirurgien-dentiste ou votre médecin.
Le prochain article expliquera les liens possibles entre la mâchoire, les cervicales, les maux de tête, la langue et la respiration. Le dernier volet présentera les traitements conservateurs des douleurs de mâchoire ainsi que la place de l’ostéopathie dans une prise en charge coordonnée.
Références scientifiques principales
Lobbezoo et al., 2018 — International consensus on the assessment of bruxism
Barbosa et al., 2021 — Oral behaviors et troubles temporo-mandibulaires douloureux
Sun et al., 2024 — Association entre comportements oraux et douleurs temporo-mandibulaires
Colonna et al., 2023 — Évaluation du bruxisme éveillé dans la vie quotidienne
Osiewicz et al., 2019 — Évaluation écologique momentanée du bruxisme éveillé
Dias et al., 2021 — Observation en temps réel des comportements de bruxisme éveillé
Huynh et al., 2006 — Micro-éveils et activation cardiaque autonome
Bertazzo-Silveira et al., 2016 — Bruxisme du sommeil, alcool, caféine et tabac
Garrett et Hawley, 2018 — Bruxisme associé aux antidépresseurs
Błaszczyk et al., 2024 — Bruxisme du sommeil et apnée obstructive
Mortazavi et al., 2023 — Bruxisme et troubles temporo-mandibulaires
Miyawaki et al., 2003 — Bruxisme du sommeil et mouvements associés à la déglutition

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