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Constipation comment savoir si l’on est constipé et comprendre son origine ?

Joya Glise
18 sept.
20 min de lecture
Femme tenant un carnet de symptômes avec une illustration du côlon, du transit et des facteurs permettant d’identifier le type de constipation.

Comment savoir si on est constipé ? La constipation est souvent résumée au fait de ne pas aller suffisamment à la selle. Cette définition est pourtant incomplète.


Dans mon cabinet d’ostéopathie à Grasse, de nombreux patients évoquent un transit intestinal ralenti, des selles difficiles à évacuer, des ballonnements ou une sensation de ne pas avoir complètement vidé leur rectum. Ces symptômes ne correspondent pas toujours au même type de constipation et nécessitent parfois un avis médical avant d’envisager une prise en charge complémentaire.


Cet article permet de comprendre comment reconnaître une constipation, comment les selles se forment et quels mécanismes peuvent expliquer un transit lent ou une difficulté d’évacuation.


Une personne peut aller aux toilettes presque tous les jours et devoir pousser longtemps, évacuer de petites quantités ou conserver une sensation de blocage. À l’inverse, une personne qui va naturellement à la selle trois fois par semaine, sans effort ni inconfort, n’est pas nécessairement constipée.


La constipation peut correspondre à des selles trop dures, à une progression ralentie dans le côlon, à un besoin insuffisamment perçu ou à une difficulté pour évacuer. Plusieurs mécanismes peuvent également coexister.


Cette distinction est importante, car ils ne répondent pas aux mêmes solutions. Augmenter les fibres peut aider lorsque les selles manquent de volume, mais accentuer le ballonnement si leur évacuation est bloquée. Boire davantage peut corriger une hydratation insuffisante, mais ne suffit pas à résoudre un trouble de coordination du plancher pelvien.

Avant de chercher un traitement, il faut donc comprendre ce que signifie réellement être constipé et identifier l’étape qui semble poser problème.


Dans cet article



Comment savoir si l'on est constipé ?


La constipation ne se définit pas uniquement par la fréquence des selles.

Elle peut se manifester par :

  • moins de trois selles spontanées par semaine ;

  • des selles dures, sèches ou fragmentées ;

  • des efforts importants ou prolongés ;

  • une sensation de blocage au niveau du rectum ou de l’anus ;

  • l’impression de ne pas avoir complètement évacué ;

  • plusieurs passages peu productifs aux toilettes ;

  • la nécessité d’appuyer autour du périnée ou dans le vagin ;

  • le recours régulier à des suppositoires, des lavements ou une extraction manuelle.


Les critères internationaux de Rome utilisent plusieurs de ces symptômes pour caractériser la constipation chronique. Ils tiennent compte de leur fréquence, de leur ancienneté et de leur retentissement plutôt que d’un seul seuil universel.

Rome V utilise désormais l’expression constipation chronique plutôt que « constipation fonctionnelle ». Cette évolution rappelle qu’un trouble peut être réel, persistant et invalidant même lorsqu’aucune lésion expliquant directement les symptômes n’est retrouvée. (Corsetti et al., 2026)


Il n’est toutefois pas nécessaire d’attendre plusieurs mois avant de demander un avis lorsqu’une constipation apparaît brutalement, devient gênante ou s’accompagne d’autres symptômes.


Combien de selles faut-il avoir normalement ?


La fréquence normale varie considérablement d’une personne à l’autre. Elle peut aller de plusieurs selles par jour à environ trois selles par semaine.


Les habitudes alimentaires, l’activité physique, l’âge, les horaires, les médicaments et les caractéristiques individuelles du transit expliquent en partie ces différences.

Une personne qui va à la selle tous les trois jours sans douleur, sans effort et avec une sensation d’évacuation complète peut très bien fonctionner ainsi. Une autre peut aller quotidiennement aux toilettes tout en présentant une constipation si ses selles sont dures, si elle doit pousser longtemps ou si son rectum ne se vide pas correctement.

Le nombre devient surtout pertinent lorsqu’il change par rapport au fonctionnement habituel ou s’accompagne d’une difficulté nouvelle.


Les questions les plus utiles sont donc :

  • quelle est la consistance des selles ?

  • le besoin apparaît-il spontanément ?

  • faut-il pousser fortement ou longtemps ?

  • existe-t-il une sensation de blocage ?

  • l’évacuation paraît-elle complète ?

  • plusieurs tentatives sont-elles nécessaires ?

  • les symptômes ont-ils récemment changé ?


Peut-on être constipé malgré des selles quotidiennes ?

Oui.

Certaines personnes évacuent chaque jour une petite quantité sans parvenir à vider correctement leur rectum. Elles peuvent retourner plusieurs fois aux toilettes, ressentir une pression persistante ou devoir pousser malgré des selles relativement souples.

Ce profil peut correspondre à une difficulté d’évacuation plutôt qu’à un ralentissement global du côlon.


À l’inverse, une personne dont le transit est réellement lent peut ne ressentir le besoin que tous les quelques jours, mais évacuer correctement lorsque celui-ci apparaît.

La constipation ne doit donc pas être évaluée uniquement à partir d’un calendrier. La forme des selles, la perception du besoin, les efforts et la sensation après l’évacuation apportent souvent davantage d’informations.


Comment les selles se forment-elles au cours de la digestion ?


Les selles ne correspondent pas simplement aux aliments que le corps n’aurait pas réussi à digérer.

Elles se forment progressivement à partir de l’eau, des résidus alimentaires, des fibres, des micro-organismes intestinaux, des cellules renouvelées par la muqueuse et des différentes sécrétions libérées dans le tube digestif.

Pour comprendre leur formation, il faut suivre le contenu digestif depuis l’estomac jusqu’au rectum.


Que se passe-t-il dans l’estomac ?

Après avoir été mastiqués et mélangés à la salive, les aliments arrivent dans l’estomac.

Ils y sont brassés et mélangés aux sécrétions gastriques. L’acidité et les enzymes commencent notamment la digestion des protéines, tandis que les contractions de l’estomac transforment progressivement le repas en un contenu semi-liquide appelé chyme.

Le chyme ne passe pas d’un seul coup dans l’intestin. L’estomac en libère progressivement de petites quantités dans le duodénum, première partie de l’intestin grêle.


Que se passe-t-il dans l’intestin grêle ?

Dans le duodénum, le contenu reçoit principalement :

  • les enzymes produites par le pancréas ;

  • la bile fabriquée par le foie ;

  • les sécrétions de l’intestin ;

  • de l’eau et des électrolytes.


Ces éléments poursuivent la transformation des protéines, des graisses et des glucides en molécules suffisamment petites pour traverser la paroi intestinale.

La majorité des nutriments est ensuite absorbée dans l’intestin grêle. Les sucres simples, les acides aminés, les vitamines et différents minéraux rejoignent principalement la circulation sanguine. Une partie des graisses emprunte d’abord la circulation lymphatique.

Le contenu qui atteint finalement le côlon est donc très différent du repas initial. Il comprend surtout de l’eau, des fibres, des glucides qui n’ont pas été complètement digérés, des résidus alimentaires, des sels minéraux, des sécrétions et des micro-organismes.


Quel rôle jouent le foie, la bile et la vésicule biliaire ?

Le foie fabrique continuellement la bile. Entre les repas, une partie est stockée et concentrée dans la vésicule biliaire.


Lorsqu’un repas, notamment riche en graisses, arrive dans le duodénum, la vésicule se contracte et libère la bile. Les acides biliaires qu’elle contient dispersent les graisses en petites gouttelettes. Les enzymes digestives peuvent alors agir plus efficacement et permettre leur absorption.


La vésicule biliaire ne fabrique donc pas la bile. Elle sert principalement à la stocker, à la concentrer et à la libérer au moment du repas.

Une personne peut continuer à digérer après l’ablation de la vésicule, car le foie produit toujours de la bile. Son écoulement vers l’intestin devient simplement plus continu et moins concentré au moment des repas.


Qu’est-ce que le cycle entérohépatique ?

Après avoir participé à la digestion, la majorité des acides biliaires est récupérée dans la dernière partie de l’intestin grêle, appelée iléon.

Ils rejoignent ensuite le foie par la circulation porte, sont captés par les cellules hépatiques puis de nouveau sécrétés dans la bile. Ce recyclage entre le foie et l’intestin constitue le cycle entérohépatique.


Il permet de réutiliser plusieurs fois les mêmes acides biliaires au cours de la digestion. (Stellaard et al., 2021)

Une petite partie échappe cependant à cette récupération et atteint le côlon. Les acides biliaires peuvent alors participer à la régulation :

  • des sécrétions d’eau et d’électrolytes ;

  • de certains mouvements coliques ;

  • des échanges avec le microbiote ;

  • de différents signaux métaboliques et digestifs.


Les acides biliaires ne servent donc pas uniquement à digérer les graisses. Ils agissent aussi comme des molécules de signalisation dans le tube digestif. (Keely et al., 2022)


Lorsque des quantités importantes atteignent le côlon, elles peuvent favoriser des selles liquides et urgentes. À l’inverse, une disponibilité ou une transformation différente de certains acides biliaires pourrait contribuer au ralentissement du transit chez certaines personnes.


Ce mécanisme ne concerne cependant pas toutes les constipations. Être constipé ne signifie pas automatiquement que la vésicule biliaire se vide mal ou que le foie ne fonctionne pas correctement.


Comment le microbiote participe-t-il à la formation des selles ?


Le microbiote intestinal désigne l’ensemble des micro-organismes présents dans le tube digestif. Leur concentration est particulièrement importante dans le côlon.

Une partie des fibres et des glucides qui n’ont pas été absorbés dans l’intestin grêle devient un substrat pour ces micro-organismes. Leur fermentation produit notamment :

  • des acides gras à chaîne courte ;

  • différents gaz ;

  • des métabolites capables d’interagir avec la muqueuse ;

  • de la biomasse microbienne participant au volume des selles.


Les acides gras à chaîne courte, comme l’acétate, le propionate et le butyrate, participent à l’environnement énergétique et fonctionnel du côlon. Ils peuvent influencer la muqueuse, les échanges d’eau, l’immunité locale et certains circuits nerveux.


Le microbiote transforme également une partie des acides biliaires fabriqués par le foie en acides biliaires secondaires. Il existe donc une interaction constante entre l’alimentation, les micro-organismes, la bile, les sécrétions intestinales et la motricité.


Les fibres ne constituent pas seulement un volume qui « pousse » les selles. Leurs effets dépendent de plusieurs propriétés :

  • leur capacité à retenir l’eau ;

  • leur viscosité ;

  • leur vitesse de fermentation ;

  • les gaz et métabolites produits ;

  • la tolérance propre à chaque personne ;

  • la vitesse du transit déjà présente.


Certaines fibres forment un gel et contribuent à assouplir les selles. D’autres augmentent surtout leur volume. Les fibres rapidement fermentescibles peuvent provoquer davantage de gaz et de ballonnement.

Cela explique pourquoi une augmentation brutale des fibres améliore certaines constipations mais rend d’autres situations moins confortables.


Une modification du microbiote provoque-t-elle la constipation ?


Les études retrouvent des différences de composition du microbiote chez certaines personnes constipées. Des produits microbiens peuvent également agir sur les sécrétions, la sensibilité et la motricité intestinales.

Le méthane est notamment associé à un transit plus lent et à des selles plus dures. Il est produit par des micro-organismes appelés archées méthanogènes et non par des bactéries.


Cependant, la relation entre microbiote et constipation fonctionne dans les deux directions.

Le microbiote peut influencer le fonctionnement du côlon, mais la vitesse du transit modifie elle-même son environnement. Lorsque le contenu reste plus longtemps dans le côlon, les micro-organismes disposent de davantage de temps pour transformer les substrats. La quantité d’eau, l’acidité et la disponibilité des nutriments changent également.


Un microbiote différent peut donc être à la fois un facteur associé et une conséquence du ralentissement. (Pan et al., 2022)

La notion de « dysbiose » ne doit pas devenir une explication automatique. À l’heure actuelle, l’analyse commerciale du microbiote à partir d’un échantillon de selles ne permet pas, à elle seule, d’identifier la cause d’une constipation ni de choisir précisément un traitement.


Infographie expliquant la relation bidirectionnelle entre microbiote intestinal et transit : fermentation des fibres, production de métabolites, influence sur la motricité et modification du microbiote selon la vitesse du transit.

Comment le côlon transforme-t-il le contenu en selles ?


À son arrivée dans le cæcum, en bas à droite de l’abdomen, le contenu est encore relativement liquide.

Il progresse ensuite dans le côlon ascendant, le côlon transverse, le côlon descendant puis le sigmoïde avant d’atteindre le rectum.


Au cours de ce trajet, le côlon assure plusieurs fonctions :

  • récupérer une partie de l’eau et des électrolytes ;

  • mélanger le contenu ;

  • permettre la fermentation bactérienne ;

  • former progressivement les selles ;

  • déplacer le contenu vers le rectum ;

  • le stocker temporairement avant l’évacuation.


Les selles restent majoritairement composées d’eau. Leur partie solide comprend notamment des bactéries vivantes ou mortes, des fibres non digérées, des cellules provenant du renouvellement de la muqueuse, des protéines, des lipides et des éléments minéraux.


La consistance dépend donc d’un équilibre entre :

  • la quantité de matière arrivant dans le côlon ;

  • sa capacité à retenir l’eau ;

  • les sécrétions intestinales ;

  • la fermentation ;

  • la vitesse de progression ;

  • les médicaments et les maladies éventuellement présents.


Plus le contenu séjourne longtemps dans le côlon, plus l’eau peut être récupérée et plus les selles ont tendance à devenir sèches. Mais des selles dures ne prouvent pas systématiquement que l’ensemble du côlon est lent.


Infographie expliquant la formation des selles : digestion et absorption dans l’intestin grêle, rôle de la bile et du microbiote intestinal, récupération de l’eau et progression des selles dans le côlon.

Comment le côlon fait-il avancer les selles ?


Le côlon ne fonctionne pas comme un tube qui se contracterait continuellement du début à la fin.

Il alterne plusieurs types d’activité.

Certaines contractions mélangent le contenu et le déplacent sur de courtes distances. Elles favorisent les échanges avec la paroi et la formation progressive des selles.

D’autres contractions se propagent sur des segments plus longs et participent aux mouvements de masse qui font progresser les selles vers le rectum.


Ces contractions propulsives sont notamment influencées par :

  • le réveil ;

  • les repas ;

  • l’activité du système nerveux entérique ;

  • les signaux autonomes ;

  • les hormones digestives ;

  • la composition du contenu ;

  • les acides biliaires ;

  • certaines productions microbiennes ;

  • les médicaments.


Le côlon dispose de son propre réseau de neurones, appelé système nerveux entérique. Celui-ci organise une grande partie des séquences motrices locales tout en échangeant des informations avec le cerveau, la moelle épinière et les autres systèmes de l’organisme.

Les muscles de la paroi colique, les neurones entériques et les cellules interstitielles de Cajal participent ensemble à cette activité. Ces dernières contribuent à la transmission et à la coordination des signaux entre les nerfs et les muscles.


Pourquoi ressent-on souvent le besoin après un repas ?


L’arrivée d’aliments dans l’estomac et l’intestin active plusieurs réponses digestives qui augmentent l’activité du côlon. Ce phénomène est couramment appelé réflexe gastrocolique, même s’il correspond en réalité à plusieurs signaux nerveux et hormonaux.

Il est souvent plus marqué :

  • le matin ;

  • après le premier repas ;

  • après un repas suffisamment consistant ;

  • lorsque le besoin n’a pas été retenu à plusieurs reprises.


Cette réponse ne signifie pas que le repas qui vient d’être consommé traverse immédiatement tout le tube digestif. Il stimule plutôt le déplacement d’un contenu déjà présent plus loin dans le côlon.

Profiter d’un besoin apparaissant après le petit-déjeuner peut donc être plus efficace que de s’imposer une longue tentative à une heure où le rectum n’est pas rempli.


Comment le rectum détecte-t-il l’arrivée des selles ?


Le rectum constitue une zone de stockage temporaire située à la fin du côlon.

Lorsqu’il se remplit, sa paroi se distend. Des récepteurs transmettent alors des informations concernant le volume et la nature du contenu. Le système nerveux doit progressivement déterminer s’il s’agit de gaz, de liquide ou de selles plus solides.

Cette arrivée déclenche notamment un relâchement réflexe du sphincter anal interne. Le contenu peut alors être brièvement « échantillonné » par une zone sensible du canal anal.

Si le moment n’est pas approprié, le sphincter externe et le muscle puborectal se contractent volontairement. Le besoin peut diminuer temporairement et les selles restent dans le rectum.

Si la situation se répète fréquemment, le besoin peut devenir moins perceptible et les selles continuer à perdre de l’eau.


Comment se déroule normalement la défécation ?


La défécation n’est pas uniquement une poussée. Elle nécessite une coordination entre plusieurs régions.

Lorsque la personne décide d’aller à la selle :

  • le rectum participe à la propulsion du contenu ;

  • le diaphragme et la paroi abdominale modifient la pression dans l’abdomen ;

  • le sphincter anal externe se relâche ;

  • le muscle puborectal diminue sa contraction ;

  • l’angle entre le rectum et le canal anal devient plus ouvert ;

  • le plancher pelvien accompagne le mouvement ;

  • le canal anal laisse passer les selles.


Le puborectal forme une sorte de sangle autour de la jonction anorectale. Au repos, sa contraction contribue à maintenir un angle utile à la continence. Pendant la défécation, son relâchement réduit la résistance au passage.

La respiration, l’abdomen et le plancher pelvien doivent donc travailler ensemble. Une forte poussée ne garantit pas une meilleure évacuation si les muscles de la sortie restent contractés.


Quels sont les différents types de constipation ?


Les catégories peuvent se chevaucher. Elles permettent néanmoins de comprendre à quelle étape se situe probablement la difficulté.


Les selles manquent de volume ou sont trop dures

Le contenu fécal peut être insuffisant ou retenir trop peu d’eau.

Cela peut notamment être favorisé par :

  • une alimentation pauvre en fibres ;

  • des apports alimentaires faibles ;

  • des restrictions importantes ;

  • une hydratation insuffisante ;

  • certains médicaments ;

  • une retenue répétée ;

  • un séjour prolongé dans le côlon.


Une modification progressive des apports peut alors améliorer la situation, mais elle doit être adaptée à la tolérance et au mécanisme dominant.


Le transit peut être normal malgré les symptômes

Chez de nombreuses personnes constipées, le temps nécessaire aux selles pour traverser le côlon reste dans les valeurs habituelles. La constipation peut néanmoins se manifester par des selles dures, des efforts, une sensation d’évacuation incomplète, un ballonnement ou une gêne abdominale. Les symptômes peuvent alors être influencés par la consistance des selles, leur volume, la sensibilité digestive, les habitudes de retenue ou une difficulté d’évacuation non encore identifiée. Un transit normal ne signifie donc pas que les symptômes sont imaginaires ni que la constipation n’existe pas.


Le contenu progresse lentement dans le côlon

Dans la constipation à transit lent, les selles mettent davantage de temps à atteindre le rectum.


Plusieurs mécanismes ont été observés :

  • diminution de certaines contractions propulsives ;

  • réponse colique moins importante après les repas ;

  • modification des circuits nerveux entériques ;

  • fonctionnement différent des muscles de la paroi ;

  • diminution ou désorganisation de certaines cellules interstitielles de Cajal ;

  • influence hormonale, neurologique ou médicamenteuse.


Les signes pouvant faire penser à un transit lent comprennent :

  • des besoins très espacés ;

  • des selles peu fréquentes ;

  • un ballonnement augmentant progressivement ;

  • des difficultés persistantes malgré des selles assouplies.


Ces symptômes ne suffisent cependant pas à mesurer le transit. Lorsqu’il est nécessaire de le confirmer, un examen spécifique peut suivre le déplacement de marqueurs dans le côlon. (Vlismas et al., 2024)


Le besoin est insuffisamment perçu

Chez certaines personnes, le rectum doit atteindre un volume plus important pour produire une envie identifiable.


Cette hyposensibilité rectale peut entraîner :

  • des besoins rares ou tardifs ;

  • une accumulation des selles ;

  • une augmentation du temps de stockage ;

  • une évacuation plus difficile ;

  • un besoin qui n’apparaît parfois qu’après une stimulation rectale, par exemple avec un suppositoire ou un lavement.


Elle peut accompagner une constipation ancienne, une distension chronique du rectum, certains troubles neurologiques ou une difficulté d’évacuation.

À l’inverse, une hypersensibilité rectale peut provoquer des envies fréquentes ou une sensation persistante malgré une faible quantité de selles. (Yu et al., 2023)


Infographie montrant les différents types de constipation : selles trop dures, ralentissement du transit dans le côlon, besoin rectal mal perçu et difficulté de relâchement du plancher pelvien pendant l’évacuation.

Les selles arrivent mais sortent difficilement

Dans un trouble de l’évacuation, les selles atteignent le rectum, mais leur passage dans le canal anal reste difficile.

La personne peut présenter :

  • une poussée abdominale insuffisante ;

  • un relâchement incomplet du plancher pelvien ;

  • une contraction paradoxale du puborectal ou du sphincter ;

  • une mauvaise perception du contenu rectal ;

  • une anomalie structurelle gênant la sortie ;

  • une combinaison de plusieurs mécanismes.


La dyssynergie défécatoire désigne une mauvaise coordination entre la poussée et le relâchement.

Les signes les plus évocateurs sont :

  • une selle ressentie comme proche de la sortie mais bloquée ;

  • des efforts longs malgré des selles souples ;

  • une sensation de blocage anal ou vaginal ;

  • plusieurs tentatives successives ;

  • une évacuation incomplète ;

  • le besoin d’appuyer autour du périnée ou dans le vagin ;

  • l’utilisation régulière de suppositoires ou de lavements ;

  • une aggravation du ballonnement lorsque les fibres augmentent le contenu sans améliorer la sortie.


Une dyssynergie ne correspond pas simplement à un plancher pelvien trop faible. Le problème concerne principalement la coordination entre le rectum, la poussée abdominale et les muscles chargés de contrôler l’évacuation. (Sadeghi et al., 2023)


Infographie montrant les différents types de constipation : selles trop dures, ralentissement du transit dans le côlon, besoin rectal mal perçu et difficulté de relâchement du plancher pelvien pendant l’évacuation.


Une anomalie structurelle gêne l’évacuation

Certaines anomalies peuvent contribuer à une constipation terminale :

  • rectocèle ;

  • prolapsus rectal ;

  • invagination interne du rectum ;

  • entérocèle ;

  • prolapsus d’un organe pelvien ;

  • rétrécissement anal ou rectal ;

  • séquelle d’une chirurgie ;

  • masse pelvienne ou rectale.


Une anomalie observée à l’imagerie ne correspond pas automatiquement à la cause des symptômes. Certaines rectocèles ou invaginations internes existent chez des personnes peu symptomatiques.

L’imagerie doit donc être interprétée avec les symptômes, l’examen et les tests fonctionnels. (Cavallaro et al., 2019)


Peut-on présenter plusieurs types de constipation en même temps ?


Oui, et cette situation est fréquente.

Une difficulté d’évacuation peut favoriser une accumulation dans le rectum puis ralentir secondairement la progression du côlon. À l’inverse, un transit lent peut produire des selles volumineuses ou très dures dont le passage devient douloureux.

La douleur peut ensuite entraîner une retenue et une contraction protectrice. Les selles restent davantage dans le rectum, perdent de l’eau et deviennent encore plus difficiles à évacuer.


Il peut ainsi se former une boucle :

  1. les selles progressent ou sortent difficilement ;

  2. elles deviennent plus sèches ou s’accumulent ;

  3. l’évacuation provoque davantage d’effort ou de douleur ;

  4. la personne retient ou appréhende le passage suivant ;

  5. la coordination devient moins efficace ;

  6. la constipation se prolonge.


Cette interaction explique pourquoi le traitement d’un seul élément n’est pas toujours suffisant.


Constipation chronique et intestin irritable sont-ils identiques ?


Non, même si les deux peuvent se chevaucher.

Dans la constipation chronique, les symptômes dominants sont généralement :

  • les selles dures ;

  • les efforts ;

  • le blocage ;

  • l’évacuation incomplète ;

  • l’espacement des selles.


Dans le syndrome de l’intestin irritable avec constipation, la douleur abdominale récurrente occupe une place centrale et s’associe à la défécation ou à une modification de la fréquence ou de la forme des selles.

Une même personne peut présenter un trouble de l’évacuation, un transit ralenti et une hypersensibilité abdominale. Les catégories servent à organiser la prise en charge, mais elles ne doivent pas enfermer le patient dans une explication unique.


Quelles sont les causes possibles d’une constipation ?


Les recommandations distinguent principalement la constipation à transit normal, la constipation à transit lent et les troubles de l’évacuation. La dureté des selles, la perception du besoin et certaines anomalies anatomiques peuvent participer à ces tableaux, sans constituer systématiquement des catégories indépendantes. Plusieurs mécanismes peuvent coexister chez une même personne.


La constipation peut être primaire, lorsqu’elle repose principalement sur le fonctionnement du côlon, du rectum ou de la défécation. Elle peut également être secondaire à un médicament, une maladie ou une modification importante du contexte.


Les habitudes alimentaires

Un apport faible en fibres, des repas insuffisants ou une restriction alimentaire importante peuvent réduire la quantité de matière disponible pour former les selles.

Cependant, une personne peut consommer suffisamment de fibres et rester constipée si le problème concerne le transit, la perception rectale ou l’évacuation.


Une hydratation insuffisante

Un manque d’eau peut participer à la formation de selles sèches, notamment chez les personnes âgées, pendant une période de forte chaleur, en cas d’activité physique importante ou lorsque la sensation de soif est diminuée.

Boire beaucoup plus que les besoins habituels ne corrige toutefois pas systématiquement un transit lent ou un trouble de l’évacuation.


La retenue du besoin

Le besoin peut être ignoré en raison du travail, d’horaires contraignants, d’un manque d’intimité, de toilettes inconfortables ou d’une appréhension.

Une fissure anale ou des hémorroïdes douloureuses peuvent également entraîner une retenue volontaire. Les selles restent alors plus longtemps dans le rectum, deviennent plus sèches et leur passage suivant est encore plus difficile.


La diminution de l’activité

Une immobilisation, une hospitalisation, une diminution importante de la marche ou un changement brutal de rythme peuvent modifier le transit et les habitudes de défécation.

L’activité physique ne traite pas toutes les constipations, mais elle participe au rythme quotidien, au mouvement général et au maintien des capacités fonctionnelles.


Le stress et l’interaction intestin-cerveau

Le stress ne ferme pas mécaniquement le côlon. Il peut néanmoins modifier :

  • l’activité des circuits autonomes ;

  • la motricité digestive ;

  • la sensibilité abdominale ;

  • la perception du besoin ;

  • le sommeil ;

  • les prises alimentaires ;

  • les habitudes de retenue ;

  • la coordination du plancher pelvien chez certaines personnes.


Il peut accélérer le transit chez une personne et le ralentir chez une autre. Il doit donc être considéré comme un facteur susceptible de moduler la situation, et non comme la cause universelle de la constipation.

Les interactions entre le stress, le sommeil, le système nerveux et les symptômes digestifs sont développées dans l’article consacré aux effets du stress chronique sur le cerveau et le corps.


Les médicaments et compléments

De nombreux produits peuvent favoriser ou aggraver une constipation, notamment :

  • les opioïdes ;

  • certains antidépresseurs ;

  • les médicaments anticholinergiques ;

  • certains antipsychotiques et antiépileptiques ;

  • certains antihistaminiques ;

  • les suppléments de fer ;

  • certains traitements de l’hypertension ;

  • certains antiacides ou compléments contenant du calcium ;

  • les médicaments antiparkinsoniens.


Les opioïdes agissent directement sur des récepteurs présents dans le tube digestif. Ils ralentissent la propulsion, diminuent certaines sécrétions, favorisent la réabsorption d’eau et peuvent augmenter la résistance au niveau anal. Rome V distingue donc la constipation induite par les opioïdes des autres formes. (Squeo et al., 2024)

Un médicament ne doit pas être interrompu seul. L’apparition d’une constipation après son introduction ou la modification de sa dose doit être signalée au médecin ou au pharmacien.


Les causes endocriniennes et métaboliques

Une constipation peut notamment accompagner :

  • une hypothyroïdie ;

  • une hypercalcémie ;

  • une hypokaliémie ;

  • un diabète avec atteinte du système nerveux autonome ;

  • une déshydratation importante ;

  • certaines maladies rénales ou métaboliques.


Ces maladies ne sont pas recherchées par un bilan identique chez toutes les personnes. Les examens sont choisis par votre médecin selon l’histoire, les symptômes et les facteurs de risque.


Les causes digestives, colorectales ou pelviennes

Une constipation nouvelle peut parfois être liée à :

  • une sténose ;

  • une tumeur colorectale ;

  • une maladie inflammatoire ;

  • une complication diverticulaire ;

  • un prolapsus ;

  • une rectocèle symptomatique ;

  • une chirurgie abdominale ou pelvienne ;

  • une endométriose ;

  • une masse gynécologique.


Une dyschésie (difficulté ou une impossibilité à évacuer correctement les selles contenues dans le rectum, malgré des efforts de poussée) très marquée pendant les règles, une douleur pelvienne cyclique, une dyspareunie profonde (douleur aux rapports) ou des saignements inhabituels doivent conduire à envisager une évaluation gynécologique.


La grossesse et le post-partum

Pendant la grossesse, plusieurs facteurs peuvent se combiner :

  • modifications hormonales ;

  • changement de la motricité digestive ;

  • supplémentation en fer ;

  • diminution de l’activité ;

  • modification de l’espace abdominal ;

  • hémorroïdes ;

  • appréhension de la poussée.


Après l’accouchement, la douleur périnéale, les cicatrices, les modifications du plancher pelvien et la peur de pousser peuvent influencer l’évacuation.

Il ne faut donc pas réduire la constipation de la grossesse ou du post-partum à une seule cause hormonale.


Les maladies neurologiques

La progression du contenu dans le côlon, la perception du remplissage rectal et la défécation dépendent de plusieurs réseaux nerveux. Une constipation peut ainsi accompagner une maladie de Parkinson, une sclérose en plaques, une atteinte de la moelle épinière, une neuropathie autonome, certaines séquelles d’accident vasculaire cérébral ou d’autres maladies neuromusculaires. Selon la situation, ces pathologies peuvent ralentir le transit, diminuer la perception du besoin ou perturber la coordination nécessaire à l’évacuation. Une constipation associée à une faiblesse, une perte de sensibilité, des troubles urinaires récents ou d’autres signes neurologiques nécessite un avis médical.


Infographie présentant les causes possibles de la constipation : transit lent, difficulté d’évacuation, alimentation, hydratation, habitudes, médicaments, maladies métaboliques ou neurologiques, causes digestives et pelviennes, grossesse et post-partum.

Comment reconnaître le type de constipation qui semble dominer ?

Les symptômes ne permettent pas d’établir seuls un diagnostic, mais ils peuvent orienter la suite du bilan.

Ce que vous observez

Mécanisme à explorer

Selles petites, dures ou fragmentées

Contenu insuffisant, hydratation, médicament ou séjour prolongé dans le côlon

Besoins très espacés

Transit lent, retenue ou perception rectale diminuée

Ballonnement progressif entre les selles

Rétention ou progression ralentie

Selle ressentie à la sortie mais impossible à évacuer

Trouble de l’évacuation

Poussées prolongées malgré des selles souples

Coordination abdomino-pelvienne

Besoin d’appuyer autour du périnée ou dans le vagin

Trouble de l’évacuation ou anomalie pelvienne

Plusieurs petites selles dans la journée

Vidange incomplète ou hypersensibilité rectale

Douleur abdominale récurrente associée aux selles

Syndrome de l’intestin irritable possible

Début après un nouveau traitement

Cause médicamenteuse

Symptômes fortement liés aux règles

Cause ou modulation gynécologique

Selles rares depuis une immobilisation

Effet du changement d’activité et du contexte

Ces orientations peuvent se cumuler. Une personne peut, par exemple, présenter un transit lent et une difficulté d’évacuation.


Infographie permettant de reconnaître les principaux profils de constipation selon les symptômes : selles dures, besoins espacés, selle bloquée, évacuation incomplète, petites selles répétées ou douleur abdominale associée.

Quand une constipation nécessite-t-elle un avis médical rapide ?


La majorité des constipations ne correspond pas à une urgence. Certains signes nécessitent néanmoins une évaluation médicale rapide :

  • constipation brutale ou très différente du fonctionnement habituel ;

  • douleur abdominale intense ou rapidement progressive ;

  • ventre fortement distendu ;

  • vomissements ;

  • impossibilité d’émettre des selles et des gaz ;

  • sang important dans les selles ou selles noires ;

  • fièvre ;

  • amaigrissement inexpliqué ;

  • anémie ;

  • masse abdominale ou rectale ;

  • altération de l’état général ;

  • symptômes neurologiques associés ;

  • douleur abdominale persistante, inhabituelle ou associée à une altération de l’état général.


Une constipation récente chez une personne plus âgée, une modification persistante du transit ou des antécédents familiaux de cancer colorectal doivent également être signalés au médecin.

Une coloscopie n’est pas nécessaire pour chaque constipation. Elle est proposée lorsqu’un signe, l’âge, les antécédents ou le programme de dépistage colorectal la justifient.


Constipation à Grasse quand demander un avis ?

Une constipation persistante mérite d’abord d’être comprise plutôt que systématiquement attribuée à un manque de fibres ou d’hydratation. Si vous souffrez de constipation à Grasse, un médecin peut rechercher une cause digestive, médicamenteuse, métabolique, neurologique ou gynécologique et déterminer si des examens sont nécessaires.


Dans mon cabinet d’ostéopathie à Grasse, l’évaluation peut compléter ce parcours lorsque les symptômes s’inscrivent dans un contexte fonctionnel, avec des tensions abdominales ou pelviennes, une respiration peu confortable, des douleurs musculosquelettiques associées ou une difficulté à coordonner la poussée. Elle ne remplace ni le bilan médical ni la rééducation périnéale lorsqu’un trouble de l’évacuation est suspecté.


Ce qu’il faut retenir sur les différents types de constipation


La constipation ne se résume ni à l’absence de selles quotidiennes ni à un côlon simplement « paresseux ».

Elle peut apparaître lorsque :

  • les selles sont insuffisamment volumineuses ou trop sèches ;

  • leur progression dans le côlon est ralentie ;

  • le rectum perçoit mal son remplissage ;

  • la poussée et le plancher pelvien se coordonnent difficilement ;

  • une anomalie structurelle gêne la sortie ;

  • un médicament ou une maladie modifie le fonctionnement digestif.


La digestion, la bile, le microbiote, les sécrétions, la motricité colique et la défécation participent à un même processus. Aucun de ces éléments ne permet cependant d’expliquer seul toutes les constipations.

Identifier le mécanisme dominant évite d’appliquer la même solution à tout le monde. Les fibres, l’hydratation, les laxatifs, la rééducation du plancher pelvien et les approches manuelles n’agissent pas sur les mêmes étapes.


Le prochain article expliquera que faire en cas de constipation, quels traitements sont recommandés, qui consulter et quelle place peuvent occuper la rééducation, les conseils alimentaires, les thérapies manuelles et l’ostéopathie dans une prise en charge globale.


Sources :


  1. Corsetti et al., 2026 — Bowel Disorders, critères de Rome V

  2. Alavi et al., 2024 — ASCRS Clinical Practice Guidelines for Chronic Constipation

  3. Staller et al., 2026 — AGA Clinical Practice Update on Refractory Constipation

  4. Syllaios et al., 2026 — Slow Transit Constipation Pathophysiological Perspectives and Management Updates

  5. Vlismas et al., 2024 — Idiopathic Slow Transit Constipation

  6. Stellaard et Lütjohann, 2021 — Dynamics of the Enterohepatic Circulation of Bile Acids

  7. Keely et al., 2022 — Contributions of Bile Acids to Gastrointestinal Physiology

  8. Pan et al., 2022 — Gut Microbiota and Chronic Constipation

  9. Yu et al., 2023 — Rectal Hyposensitivity and Functional Defecation Disorders

  10. Sadeghi et al., 2023 — Dyssynergic Defecation

  11. Cavallaro et al., 2019 — Obstructed Defecation Syndrome

  12. Squeo et al., 2024 — Opioid-Induced Constipation


Article rédigé par Joya Glise, ostéopathe à Grasse. Mis à jour le 18 septembre 2026 à partir des critères de Rome V, des recommandations internationales récentes et de publications indexées dans PubMed. Ce contenu apporte une information générale et ne remplace pas un diagnostic médical.

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